Entretien avec Edouard Huchin, vétérinaire et expert Apexagri

Bonjour Edouard, peux-tu nous présenter ton parcours en quelques mots ?
Vétérinaire diplômé de l’École nationale vétérinaire de Toulouse en 2008, j’ai débuté mon parcours en me spécialisant dans la médecine équine. Après une première expérience de terrain, j’ai poursuivi par un internat en médecine des équidés au Québec, à Saint-Hyacinthe, entre 2009 et 2010. De retour en France, j’ai exercé en clinique mixte, principalement auprès des équidés et des bovins, d’abord dans le Loir-et-Cher pendant trois ans, puis dans le Gers pendant deux ans.
En 2016, je me suis orienté vers la filière avicole et j’ai pris la responsabilité d’un cabinet à Brive au sein du groupe Anibio, où j’exerce encore aujourd’hui. Le cabinet développe deux expertises majeures, l’aviculture et les veaux de boucherie, même si mon activité est aujourd’hui principalement consacrée aux volailles. Depuis 2019, j’interviens également en abattoir en tant qu’inspecteur contractuel pour les services vétérinaires du Lot. Je suis également formateur en protection animale et en reconnaissance des lésions pour le personnel des abattoirs de volailles, et j’interviens aussi comme auditeur en protection animale pour les filières volailles, ruminants et porcines.
Depuis 2022, je suis par ailleurs vétérinaire réserviste au sein des armées, un engagement qui représente quelques jours par an. Enfin, depuis deux ans, je m’investis activement dans le développement du concept One Health, une approche qui occupe une place centrale au sein du groupe Anibio.
Quelles expertises mets-tu au service d’Apexagri ?
Ce que j’apporte à Apexagri, ce sont des compétences à la fois transversales, acquises grâce à mon expérience dans différentes filières d’animaux de rente, et globales, avec une vision de la chaîne de production allant de l’animal nouveau-né jusqu’au produit transformé. Cette approche me permet d’intervenir sur des enjeux clés tels que la santé animale, le bien-être animal, la traçabilité des produits, le respect de la règlementation et la durabilité des filières.
Ces compétences m’ont conduit à participer à des missions internationales en Australie, aux États-Unis, au Tchad et en Allemagne, dans des contextes et des systèmes de production très variés.
En trois mots, comment décrirais-tu Apexagri ?
Difficile de ne choisir que trois mots, mais puisqu’il le faut, je dirais :
- Humaine : Apexagri est avant tout une entreprise à taille humaine, où le relationnel, la disponibilité et la convivialité occupent une place centrale. C’est un environnement dans lequel on se sent écouté et soutenu !
- Dynamique : l’entreprise est en mouvement constant, très active pour développer de nouvelles missions et renforcer sa visibilité. L’équipe, jeune et engagée, porte cette énergie au quotidien.
- Challengeante : les missions proposées sont intellectuellement stimulantes et représentent de véritables défis professionnels, à la fois exigeants et particulièrement épanouissants.
Qu’est-ce qui te plaît le plus dans le fait de travailler avec Apexagri ?
Ce qui me plaît particulièrement dans le fait de travailler avec Apexagri, c’est avant tout la variabilité des missions. Chaque projet est différent, sur des thématiques et des contextes variés, ce qui m’évite toute routine et rend le travail particulièrement stimulant.
J’apprécie également la diversité géographique des interventions : Afrique, Australie, États-Unis, Allemagne… Pouvoir découvrir le monde dans un cadre professionnel, rencontrer des éleveurs et des populations locales, et comprendre des systèmes de production très différents est une expérience extrêmement enrichissante.
Même sans connaître à l’avance les prochaines missions, je sais qu’elles seront passionnantes. Elles offrent l’opportunité de partager nos compétences, de mener des projets hors du commun et de relever des défis intellectuels qui poussent à sortir de sa zone de confort.
Enfin, le travail d’équipe est un élément clé pour moi. Le partage, la complémentarité des compétences et le plaisir de collaborer avec des équipes que l’on apprend à bien connaître sont essentiels à la réussite des missions.
As-tu une mission particulière qui t’a marqué ?
La mission qui m’a le plus marqué est celle réalisée au Tchad. Elle s’est déroulée sur 10 jours de terrain, au sein d’une équipe de 10 personnes, pour une durée totale de 21 jours, incluant une phase de restitution à Paris. Il s’agissait d’une mission particulièrement ambitieuse, visant à évaluer la politique d’élevage du pays et à proposer des plans d’amélioration, dans un contexte où le Tchad dispose du troisième plus important cheptel d’Afrique.
Cette mission a été très bien accueillie, tant en interne que par le client. Le défi était conséquent, mais l’expérience s’est révélée extrêmement enrichissante. Les échanges avec les éleveurs transhumants ont été particulièrement marquants et riches de sens.
C’était ma première mission en Afrique, et elle m’a profondément marqué et a renforcé mon envie de poursuivre mon engagement aux côtés d’Apexagri !
Quels sont, selon toi, les grands défis pour une agriculture durable ?
Le plus grand défi reste la prise de conscience collective des enjeux liés au développement d’une agriculture durable :
- Pour les éleveurs : il est essentiel d’anticiper l’avenir. Ils doivent pouvoir s’appuyer sur des outils sains, viables et économiquement durables, capables de s’inscrire dans le long terme.
- Pour les distributeurs : la logique de guerre des prix atteint aujourd’hui ses limites. Il devient nécessaire d’imaginer des modèles plus vertueux, dans lesquels la valeur est mieux répartie et les marges réellement répercutées jusqu’aux producteurs.
- Pour les consommateurs : ils ont également un rôle déterminant. Ils sont responsables de leurs choix d’achat : ce qu’ils privilégient est produit, ce qu’ils délaissent disparaît. Accepter de payer un produit à sa juste valeur est indispensable. Vouloir des produits de qualité, comme le bio, sans en assumer le coût n’est pas compatible avec un système durable. Le consommateur doit aussi accepter que des produits plus standards, répondant à la majorité des besoins, soient produits sur le territoire dans des conditions contrôlées plutôt que d’être importés de pays tiers où les normes peuvent être moins exigeantes.
- Pour les pouvoirs publics : la protection de nos agriculteurs est un enjeu majeur. Les exigences qui leur sont imposées sont nombreuses, mais elles perdent tout leur sens si, dans le même temps, des produits ne respectant pas les mêmes standards entrent librement sur le marché.
As-tu en tête un projet ou un succès dans le monde agricole qui gagnerait à être connu ?
Un projet qui me vient immédiatement à l’esprit est « C’est qui le patron ?! ». C’est un système vertueux, à la fois simple et efficace, qui redonne du sens à la relation entre producteurs et consommateurs. Les produits sont facilement identifiables et accessibles en rayon, ce qui permet à chacun de faire un choix éclairé.
Que l’on décide d’acheter ou non, le message est clair : en choisissant ces produits, on participe directement à un modèle plus juste et plus responsable pour les agriculteurs
Quels conseils donnerais-tu à une entreprise qui souhaite structurer une filière ou développer un projet agricole ?
Pour structurer une filière ou développer un projet agricole, plusieurs principes me semblent essentiels :
- S’entourer d’experts de terrain : des professionnels qui ont « les pieds dans les bottes », connaissent les réalités opérationnelles et les contraintes quotidiennes. Le pragmatisme et la capacité d’adaptation sont des clés de réussite.
- Maintenir un lien permanent avec le terrain : la réflexion et la construction du projet doivent associer l’ensemble des acteurs concernés et éviter les schémas décisionnels purement descendants. L’adhésion collective conditionne la réussite du projet.
- Rassembler des compétences complémentaires : un projet solide repose sur une approche pluridisciplinaire, intégrant l’agronomie, la médecine vétérinaire, l’économie ou encore les enjeux sociaux. Cette diversité de profils est indispensable pour appréhender la complexité des filières agricoles.
- Proposer un modèle différenciant ET applicable : les projets qui fonctionnent sont ceux qui sont ancrés dans la réalité du terrain et apportent une véritable valeur ajoutée, en cohérence avec les attentes des acteurs.
- Intégrer la dimension durable : les projets doivent s’inscrire dans leur environnement local, ne pas fragiliser les activités existantes et bénéficier au tissu économique et social.
- Répondre à une réalité économique : une initiative qui ne peut pas s’autofinancer ou répondre à un besoin réel ne peut pas être pérenne, aussi vertueuse soit-elle dans son intention.
Un mot pour conclure notre échange ?
Merci à toute l’équipe Apexagri, et j’en profite pour partager le salut de l’équipe Anibio ! Le partenariat entre Apexagri et Anibio illustre un modèle vertueux et mutuellement bénéfique. Il permet à Apexagri de s’appuyer sur un réseau de vétérinaires de terrain aux profils variés, et à Anibio de valoriser ses compétences et son savoir-faire au travers de missions à la fois enrichissantes et stimulantes.
Un grand merci à Edouard Huchin d’avoir accepté de participer à ce nouveau format “L’Oeil de l’expert” en répondant à nos questions ! Si vous ne l’avez toujours pas lu, retrouvez notre premier volet avec Michel Montet.