Entretien avec Paul Fert, apiculteur et expert Apexagri

Bonjour Paul, peux-tu nous présenter ton parcours en quelques mots ?
Je suis Paul Fert, apiculteur depuis bientôt 10 ans, fils et petit-fils d’apiculteurs, en Pyrénées-Atlantiques. Au début de ma carrière, j’étais plutôt orienté vers la communication. Après des études à SciencesPo Bordeaux, j’ai travaillé sur un projet pilote européen entre Marseille et Bruxelles. Mon rôle consistait à rencontrer des médias et des responsables politiques pour financer la recherche sur la santé des abeilles, former les apiculteurs en Europe et sensibiliser à la protection des abeilles.
À l’époque, j’ai donc commencé à travailler dans le domaine des abeilles, mais sans que cela soit une passion initiale. Puis, une opportunité s’est présentée : reprendre l’entreprise de mon père, qui s’apprêtait à prendre sa retraite.
Aujourd’hui, notre exploitation apicole est située sur les coteaux du Béarn. Nous déplaçons nos ruches dans les Pyrénées pour produire des miels variés, et nous ne sommes pas loin de la forêt des Landes. Nous produisons environ 4 tonnes de miel par an, avec 300 à 350 ruches selon la saison. C’est une ferme apicole familiale de taille classique. Nous faisons également de l’élevage et de la sélection de reines, et nous sommes passés en agriculture biologique.
Quelle expertise mets-tu au service d’Apexagri ?
Chez Apexagri, j’apporte principalement mon expertise en apiculture, avec un point fort sur l’élevage et la sélection des reines. Mon expérience s’appuie sur 40 ans de pratique familiale, ainsi que sur une dimension internationale que beaucoup d’éleveurs n’ont pas. Je participe à des séminaires aux quatre coins du monde, comme ApiMondia tous les deux ans, et j’ai développé un réseau international. J’ai l’habitude de proposer des formations, de rédiger des rapports et des articles.
J’ai commencé à travailler avec Apexagri fin 2021, sur un projet d’exploration de l’apiculture dans la région d’AlUla, en Arabie saoudite, où j’ai rencontré le plus d’acteurs possible – apiculteurs, vendeurs de miel – pour comprendre ce qui pouvait être amélioré. J’ai ensuite produit un rapport avec des recommandations sur la manière de développer l’apiculture dans cette région !
En trois mots, comment décrirais-tu Apexagri ?
Je citerais d’abord la dimension internationale : Apexagri a un réseau étendu qui rassemble beaucoup de compétences très intéressantes.
Ensuite, je citerais l’expertise : les personnes qui y travaillent sont compétentes et passionnées. Que cela soit pour des projets de conseil, de formation, des sujets de logistique ou l’organisation d’événements, l’accompagnement est toujours présent. En tant que prestataire extérieur, je me sens bien accompagné et je sais que je peux compter sur les ressources nécessaires !
Enfin, je citerais évidemment la fiabilité et le sérieux. Notre relation de travail, qui a commencé en 2021 et se poursuit aujourd’hui en toute confiance, peut en témoigner.
Qu’est-ce qui te plaît dans le fait de travailler avec Apexagri ?
Les missions proposées ont du sens. Dans les projets menés ensemble, nous accompagnons des apiculteurs, mais plus largement, il s’agit d’aider les producteurs à l’autre bout du monde, de les accompagner, de les aider à monter en compétences et à se former. C’est très gratifiant. L’accompagnement est de qualité, et les relations humaines avec les différents interlocuteurs sont excellentes.
As-tu une mission particulière qui t’a marqué ?
La mission qui m’a le plus marqué, c’est celle d’AlUla. Il s’agit d’une expérience inoubliable, qui a connu deux phases.
D’abord, en 2021, une phase d’exploration où nous ne savions pas combien d’apiculteurs il y avait, comment ils travaillaient, ni ce que représentait la filière apicole localement. Nous avons produit le premier rapport sur l’apiculture dans la région.
Ensuite, à partir de 2024, une phase d’accompagnement et de formation, avec la caractérisation des différents miels d’AlUla. La flore et les climats y sont très différents de ce que l’on trouve ailleurs dans le monde. C’était passionnant de travailler sur la manière de produire au mieux, en réalisant des fiches descriptives pour chaque miel : miel d’agrumes, de moringa, d’acacia du désert… Nous avons envoyé des échantillons en analyse pour étudier les différences de composition, de sucres et d’enzymes.
J’ai passé plus de quarante jours sur place, ce qui est une grande chance. C’est la mission la plus longue que j’ai réalisée. Malheureusement je n’ai pas pu participer au premier festival du miel organisé sur place, car c’était en pleine saison apicole, à partir de mi-mars 2025. Pour un apiculteur, à cette période, il est difficile de s’absenter plus d’une semaine. Mais j’ai pu participer à la deuxième édition, en février dernier, qui a été un vrai succès !
Quels sont, selon toi, les grands défis pour une agriculture durable ?
Difficile d’être synthétique tant les défis sont grands ! Pour moi, l’agriculture durable doit respecter au maximum la nature et travailler avec elle, en limitant les impacts négatifs et en cherchant à avoir un impact vertueux. Il est également essentiel que les producteurs puissent dégager un revenu suffisant pour vivre de leur travail. L’agriculture ne peut subsister que si elle est économiquement viable !
Il faut donc d’après moi avancer sur trois piliers : le respect de la biodiversité et du climat, assurer un revenu suffisant pour les agriculteurs, et produire des aliments de qualité à un prix raisonnable. Ces trois éléments sont indissociables.
As-tu en tête un projet ou un succès dans le monde agricole qui gagnerait à être connu ?
Un exemple qui me vient à l’esprit est le projet de la Ceinture verte. L’idée est de préempter des terrains en périphérie des villes moyennes ou grandes, plutôt que de les urbaniser. Ces parcelles sont investies par des maraîchers accompagnés presque clé en main. Ils commencent à produire immédiatement, avec un accompagnement technique et des débouchés assurés grâce aux marchés locaux et à la restauration collective.
Certains maraîchers deviennent rentables dès la première année, avec des produits labellisés bio et locaux. Ce projet a été testé à Pau et s’est étendu à d’autres villes en France.
Quels conseils donnerais-tu à une entreprise qui souhaite structurer une filière ou développer un projet agricole ?
D’abord, il faut bien connaître la filière concernée. Comme nous l’avons fait à AlUla, il est essentiel de rencontrer tous les acteurs, des plus petits aux plus grands, pour comprendre les enjeux et la complexité de la filière.
Ensuite, il faut assurer un partage équitable de la valeur : il ne faut pas avantager uniquement ceux qui sont en amont ou en aval, ni les plus gros acteurs. Tout le monde doit en bénéficier.
Enfin, il est crucial de garantir des débouchés durables. Installer des agriculteurs est une chose, mais il faut s’assurer qu’il y ait des débouchés viables sur le long terme. Les produits ont plus de sens à être distribués localement, avec un ancrage fort dans leur territoire. Si la population locale ne suffit pas à absorber la production, il faut envisager des marchés plus larges, voire l’export.
En apiculture, il est difficile de se structurer. Il faut coordonner la recherche, développer la formation et s’assurer que les découvertes scientifiques et les formations soient en lien. Il faut aussi faire connaître les produits de la ruche pour que la demande locale puisse absorber cette production et assurer un revenu raisonnable aux apiculteurs…
Pour conclure, il n’y a pas d’erreur à multiplier les connaissances des acteurs de la filière !
Un grand merci à Paul Fert d’avoir accepté de participer à ce nouveau format “L’Oeil de l’expert” en répondant à nos questions ! Retrouvez aussi les deux précédents numéros avec Michel Montet et avec Edouard Huchin !