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Blockchain ; la nouvelle révolution agricole ?

Afrique, agriculture, digital

30 Juil 2019

La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, immuable, et fonctionnant sur la confiance. Elle utilise en effet la force d’un réseau plutôt que l’autorité d’un tiers. Datant de 2009, cette technologie voit des applications concrètes arriver dans le monde agricole et agroalimentaire, à la recherche de meilleure performance économique, d’une intégration complète de la filière et d’une plus forte transparence face aux attentes croissantes des consommateurs.

Quels usages pour le secteur agroalimentaire ?

TRACABILITE DES PRODUITS

La blockchain est en train de révolutionner l’approvisionnement agricole en permettant l’enregistrement de toutes les étapes de la vie d’un produit impliqué dans la supply chain, permettant notamment au consommateur final d’avoir accès à une histoire fiable du parcours du produit qu’il achète. Les enjeux sont gigantesques ! La supply chain agricole rassemble de nombreux acteurs intermédiaires, des producteurs aux consommateurs, et manque aujourd’hui d’efficience et de transparence. Cela laisse place à des scandales sanitaires réguliers[1] (vache folle, E. Coli, lait frelaté…) et des pertes colossales de denrées, représentant ¼ de la production mondiale selon la FAO.

Le consortium IBM FOOD TRUST (Etats-Unis), regroupant des producteurs, industriels et distributeurs internationaux va dans ce sens en visant à créer une chaine d’approvisionnement alimentaire plus intelligente, sûre et durable. Elle est utilisée par WALMART, plus grand distributeur mondial, sur des mangues aux Etats-Unis et du porc en Chine. Le but est d’authentifier la source de la nourriture afin de détecter les points de contamination potentiels de façon plus précises et efficace.

 

TRANSPARENCE DE LA SUPPLY CHAIN

En enregistrant les transactions successives avec les acheteurs, la blockchain devient une véritable chaine de confiance entre le producteur et le consommateur, pouvant lui assurer ses origines et son mode de production. La blockchain se transforme alors en un véritable outil de communication face aux exigences grandissantes des consommateurs pour des produits frais, locaux, respectueux de l’environnement, assurant un prix rémunérateur pour le producteur…

A titre d’exemple, Carrefour a débuté l’utilisation de la technologie blockchain pour donner à ses clients un maximum d’informations sur les produits de ses filières qualité.[2] Ainsi, en scannant le QR code, placé à côté du code barre, du poulet fermier d’Auvergne, (dont il se vend 1 million d’unités chaque année), le consommateur pourra lire sur son écran la date de péremption, mais aussi des données qui ne figurent pas sur l’étiquette. On apprend ainsi la date de naissance du poussin et l’identité de son couvoir, la durée de son élevage, le nom et la localisation de l’éleveur, la certification (Label rouge en l’occurrence), le contenu de son alimentation (sans OGM, 100 % de végétaux français, etc.), ainsi que son lieu d’abattage. Une courte vidéo complète ces informations et montre l’éleveur en chair et en os au milieu de ses poulets en plein air dans l’Allier. Pour Carrefour, c’est le producteur qui renseigne la blockchain, le plus souvent avec un simple smartphone.

 

EFFICACITE DES TRANSACTIONS

Les smart contracts[3] permettent de gagner en efficacité, offrant une automatisation du paiement dès que les conditions prédéfinies sont réunies et sans générer de coûts supplémentaires. Cela peut s’appliquer aux transactions financières entre agriculteurs et acheteurs qui pourraient être automatisées dès la livraison, ou encore pour l’indemnisation d’un sinistre.

 

Par exemple, la blockchain publique Ethereum a développé un smart contract pour les vignerons touchés par le gel. Ces derniers n’ont qu’à apporter la preuve qu’il a gelé dans une parcelle couverte par le contrat en prenant des photos géolocalisées et horodatées des vignes touchées avec leur smartphone. La plateforme Agridigital en Australie permet, elle, aux producteurs, acheteurs, et grossistes de gérer les contrats, livraisons, paiements et inventaires sur leur plateforme cloud. Elle gère déjà 5% de la production nationale australienne.

 

PERFORMANCE DES EXPLOITATIONS

A l’heure où les capteurs envahissent les exploitations et génèrent beaucoup de données, la blockchain devient un outil puissant pour maîtriser et partager ces données avec les acteurs concernés (assurance, actionnaire, institut de recherche…). L’agriculteur peut attribuer des droits d’accès et de valorisation de ses données grâce à un « registre de consentements »[4] qui permet à chaque membre de choisir ce qu’il partage. Les données collectées assurent à termes une meilleure prise de décision de l’agriculteur qui peut bénéficier de statistiques et d’avis externes.

 

C’est l’objectif du projet Multipass, lancé en 2018 par l’ACTA (Association de Coordination Technique Agricole). Il vise à mettre à disposition des producteurs et valorisateurs de données agricoles, un écosystème de gestion des consentements des agriculteurs protégeant les échanges de données des exploitations. En renforçant la confiance des producteurs nécessaire au partage de leurs données, le projet permettra de faire émerger de nouveaux services innovants.

 

 

Finalement, la technologie blockchain est un véritable BIG BANG sociétal annonçant l’obsolescence de toutes sortes d’intermédiaires de confiance, rendant inutile un certain nombre de tâches de contrôle et de certification. Toutefois, la technologie est encore immature et son cadre juridique flou. Il évolue au fil des développements et des usages, ce qui fait peser un risque pour ceux qui initient des solutions et ceux qui les utilisent. De nombreux défis restent à relever notamment en matière de sécurisation des données en périphérie de la blockchain.

 

[1] Selon l’OMS, 10% de la population mondiale tombe malade chaque année à cause de produits alimentaires contaminés (avec la mort de plus de 400 000 personnes).

[2] https://actforfood.carrefour.fr/nos-actions/la-blockchain-alimentaire

[3] Le smart contract ou contrat intelligent est un programme qui exécute une transaction dans la blockchain sitôt réuni un ensemble de conditions prédéfinies. Attention, il n’a pas valeur de contrat au sens juridique du terme.

[4] https://www.arvalis-infos.fr/la-blockchain-un-nouvel-outil-de-gestion-des-donnees-agricoles-@/view-27837-arvarticle.html