L’Oeil de l’Expert #1 : entretien avec Michel Montet, agroéconomiste

agriculture, Développement durable

21 Jan 2026

Entretien avec Michel Montet, agroéconomiste et expert Apexagri

expert michel montet

Bonjour Michel, peux-tu nous présenter ton parcours en quelques mots ?

Je m’appelle Michel Montet, j’ai 68 ans et je suis ingénieur agronome de formation. J’ai commencé ma carrière dans un bureau d’études dans le Sud-Ouest de la France, où je travaillais sur des études de sols, le drainage et l’irrigation. Ensuite, j’ai rejoint l’entreprise Cargill – qui a depuis été rachetée par Monsanto – dans le secteur des semences, d’abord comme commercial, puis comme manager.

Plus tard, j’ai occupé différents postes de direction au sein de coopératives, notamment chez Maïsadour pendant près de vingt ans, où j’ai été confronté à des filières végétales, mais aussi à l’alimentation animale et à la gestion des débouchés. Maïsadour avait déjà des filières très étendues, ce qui m’a permis de créer de nombreux liens, de développer des connaissances variées et approfondies.

Mon quotidien au sein des coopératives a été marqué par plusieurs défis, comme la question des OGM, les réglementations sur certaines molécules, et surtout les questions environnementales. Les enjeux environnementaux ont d’ailleurs pris une place de plus en plus importante, et j’ai proposé d’initier et de formaliser la politique de développement durable de Maïsadour bien avant que ce poste ne soit dédié à une équipe spécifique.

Après ma retraite en 2019, j’ai continué à travailler avec Apexagri, en menant des missions à l’international, notamment à Madagascar, en Afrique du Sud ou au Brésil.

Justement, quelles expertises mets-tu au service d’Apexagri ?

Ce qui me satisfait le plus dans les projets menés avec Apexagri, c’est que presque rien de ce que j’ai appris au cours de ma carrière n’est resté inutilisé !

Mon premier métier, dans un bureau d’études, m’a apporté des connaissances sur les sols, l’hydraulique agricole et l’environnement, qui sont aujourd’hui au cœur de mon travail. J’ai ensuite acquis une solide expérience dans la gestion des filières : économie, arbitrages, rémunération, qualité, quantité… Enfin, je sais comment mettre en place et gérer un réseau de producteurs. Ce n’est pas quelque chose qui s’improvise ! J’ai pu constater que les paysans, où qu’ils soient, partagent des fondamentaux similaires. Il faut donc savoir les identifier, au-delà des langues et des coutumes différentes.

Ce qui me passionne vraiment, c’est tout ce qui touche à la botanique et à l’environnement. J’aime aussi aborder les aspects économiques et scientifiques. Travailler avec Apexagri me permet de toucher à tout cela, et c’est très stimulant !

En trois mots, comment décrirais-tu Apexagri ?

Je dirais que c’est une structure légère, réactive et adaptable. Chez Apexagri, nous avons la capacité de voir les choses en grand, en 3D, tout en entrant dans les détails. L’une de nos forces est de combiner des compétences purement agricoles avec une approche de consulting. Cela nous permet d’apporter des solutions inventives et originales.

Ce qui est unique chez Apexagri, c’est que nous ne traitons pas tous les problèmes de la même manière. Nous ne suivons pas une recette toute faite : nous faisons du sur-mesure.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans le fait de travailler avec notre équipe ?

La variété des sujets est incroyable : aucune mission ne ressemble à une autre. Nous travaillons sur des filières de niche, comme le ver à soie au Brésil, ou des projets alimentaires variés, en Afrique ou au Moyen-Orient.

Ensuite, le format de travail entre experts et consultants est original. Cela peut être déroutant au début, mais ce modèle nous pousse à sortir de notre zone de confort. Dans le tandem que je forme avec le consultant, je dois mettre en avant les points clés spécifiques à l’agriculture, tandis que le consultant structure le projet. C’est un principe très stimulant intellectuellement !

Un autre aspect qui m’intéresse, ce sont les clients. Nous travaillons avec des industries qui utilisent de plus en plus de matières premières agricoles. Ces entreprises sont souvent démunies face aux enjeux agricoles, car elles ont l’habitude de travailler avec des chaînes d’approvisionnement très longues et de nombreux intermédiaires. Nous pouvons leur apporter une réelle expertise.

Je trouve aussi très motivant de travailler avec de grandes entreprises françaises, qui subissent des pressions environnementales ou liées au bien-être animal. Nous avons l’opportunité de contribuer à des solutions concrètes ! Ces milieux sont souvent très éloignés de l’agriculture : ils vivent dans un univers très corporate, fait de PowerPoint, de KPIs et de business reviews. Quand j’explique à un directeur qu’en agriculture, on ne voit les résultats que deux ans plus tard, cela les surprend toujours. Mais à la fin, nous arrivons à les aider à mieux maîtriser leur amont !

Y a-t-il une mission qui t’a particulièrement marqué ?

La mission en Afrique du Sud (qui est toujours en cours) est celle qui m’a le plus marqué. Elle réunit à la fois le prestige du client, un grand acteur du luxe, et le prestige du pays.

Il y a eu de tout : nous avons commencé par un diagnostic de la filière autruche. En échangeant avec les différents acteurs sur le terrain, nous avons découvert les réalités derrière le discours, ce qui nous a conduit à adapter le projet. Cela a débouché sur une opération de restauration écologique le long d’une rivière, pour éliminer des plantes invasives qui consommaient des quantités d’eau démentielles.

Aujourd’hui, nous travaillons à la restauration active de ce milieu, en pratiquant l’arrachage d’Acacia mearnsii (une plante invasive lointaine cousine du mimosa) et en replantant des espèces indigènes pour reconstituer un écosystème plus proche de ce qu’il devrait être, et qui consomme beaucoup moins d’eau. Restaurer cet écosystème permet de libérer de l’eau et de favoriser le développement agricole de la région.

Quels sont, selon toi, les grands défis pour une agriculture durable ?

Le problème majeur, c’est le manque de compétences. Dans les filières agricoles, on n’emploie pas assez d’agronomes ! Or, l’agriculture durable est complexe et exige un apport technico-scientifique considérable. Il y a la technologie, les données… Mais il faut aussi savoir faire la synthèse entre le climat, la gestion des ressources, et les pratiques agricoles à faire évoluer.

Les agriculteurs sont réticents à abandonner une pratique qui marche pour quelque chose de nouveau, surtout s’ils perçoivent ce changement comme un risque. Il faut donc déployer beaucoup de compétences pour les accompagner, ce qui est souvent sous-estimé. Certains pensent qu’il suffit de faire de grandes affirmations, mais ce n’est pas si simple ! En agriculture, il y a énormément de facteurs que l’on ne maîtrise pas. Il y a des années qui ne sont pas représentatives, il peut donc être difficile de savoir sur quels leviers agir.

Quels conseils donnerais-tu à une entreprise qui souhaite structurer une filière ou développer un projet agricole ?

D’abord, il faut toujours avoir des KPIs liés au produit. Je suis frappé par le nombre de projets qui se disent durables – en parlant d’eau, de pesticides ou de travail des enfants – mais qui oublient le produit. Si on fait de l’agriculture, c’est avant tout pour produire !

Je vais prendre un exemple très simple : si on dit « Nous avons économisé X milliers de mètres cubes d’eau », il faut se demander comment cela se traduit au niveau des produits. Car le meilleur moyen d’économiser l’eau, c’est de ne pas arroser du tout… mais si le rendement chute de 75 %, cela pose problème ! Un KPI seul, sans lien avec le produit, ça ne sert à rien. Pourtant, la plupart des entreprises ne lient pas leurs KPIs à la production en tonnes. C’est pourtant le cœur du réacteur : les besoins alimentaires doivent s’exprimer en rapport avec le poids du produit.

Ensuite, il faut bien diagnostiquer la situation dès le départ, définir le périmètre d’action et regarder large. Il ne pas foncer tête baissée sur une filière : on peut être persuadé qu’il faut se lancer dans l’oignon, mais si le climat équatorial ne s’y prête pas, cela ne servira à rien… Il ne faut donc pas ignorer les filières auxquelles on n’a pas pensé, ni sous-estimer les freins climatiques, sociologiques ou logistiques

Un dernier mot pour conclure cet entretien ?

Je salue l’équipe Apexagri, et souhaite le meilleur aux entreprises qui s’engagent dans ces projets agricoles passionnants !

Un grand merci à Michel Montet d’avoir accepté d’inaugurer ce nouveau format “L’Oeil de l’expert” en répondant à nos questions !