L’agroalimentaire français mobilisé pour son avenir!

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- le 17 Nov 2017

La France et l’agroalimentaire : une longue histoire d’amour, de coups de gueule et de gros sous

Nul ne pourra nier l’attrait du français pour son assiette, nul ne pourra non plus nier les difficultés connues par le pays depuis 30 ans pour répartir justement la valeur entre tous les maillons de la longue chaine qui va « de la fourche, à [notre] fourchette ».

Preuve en est, l’excellent film « Agriculture, une histoire de prix ? » produit par le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation qui retrace l’évolution des pratiques agricoles depuis les années 50, l’implantation des transformateurs, la surproduction, les tentatives successives de régulation des prix (en France et en UE) et le lot de crises associé.

Le secteur agroalimentaire est hautement stratégique pour l’Hexagone, en termes de chiffre d’affaires (171 milliards € en 2016) et d’emplois (382 300 ETP). Ce tissu économique, essentiellement composé de TPE/PME, en fait le premier secteur industriel et la fierté du pays, alors même que l’agriculture et l’élevage sont largement sous perfusion des aides européennes (PAC) et des fonds débloqués dans le cadre des mesures d’urgence.

Face aux multiples constats d’un système incohérent et à bout de souffle, Emmanuel Macron, alors candidat à la présidence de la République, avait annoncé en juin l’ouverture de discussions structurantes pour repenser la filière et enfin trouver les solutions qui rééquilibreront les relations entre producteurs, transformateurs et distributeurs.

Une grande discussion nationale pour envisager l’avenir des filières agroalimentaires

Initiés en juillet 2017, les « États Généraux de l’Alimentation », poursuivent les quatre ambitions ci-dessous :

agroalimentaire france

Plusieurs moyens ont été parallèlement mis en place pour balayer l’ensemble des problématiques de la filière et faire émerger des solutions concrètes sur ces 4 thèmes :

  • 14 ateliers de travail ont mobilisé entre fin août et mi-novembre un panel d’acteurs sélectionnés de toutes les parties prenantes de la filière; monde agricole, pêche, industries agroalimentaires, distribution, ONG, associations de consommateurs, politiques…
  • une consultation publique a également été organisée. La plateforme internet participative était accessible jusqu’au 10 novembre à l’ensemble des citoyens qui souhaitaient faire valoir leurs points de vue.

La première phase de ces EG, autrement dit les 7 premiers ateliers – traitant de la création de valeur et du partage équitable des bénéfices – a été clôturée en septembre.

Les solutions proposées pour rééquilibrer les relations entre producteurs, transformateurs et distributeurs

Parmi les nombreuses orientations partagées lors des échanges, voici quelques unes des pistes évoquées pour faire évoluer le secteur :

  • L’exigence de montée en gamme de la production française
  • La revue du « seuil de revente à perte », prix en dessous duquel la vente du produit est interdite
  • La limitation des promotions à 30% du prix initial, afin de réhabituer le consommateur à des prix corrélés à la réalité des coûts
  • La mise en place de négociations pluriannuelles
  • Des prix d’achat fixés sur un prix moyen de production (calculés par rapport aux tendances du marché)

Les axes de progrès retenus ont été proposés au Gouvernement et seront présentés dans des plans filières publiés le 10 décembre 2017. Un projet de loi devrait également être présenté au premier trimestre 2018, pour renforcer les organisations de producteurs et encadrer la fixation des prix sur les coûts de production.

Les acteurs économiques autour de la table, souvent présentés comme antagonistes, partagent aujourd’hui des intérêts et positions communs quant à l’avenir de la filière française. 18 organisations ont d’ailleurs énoncé dans une charte d’engagement leur volonté de travailler de concert.

Les fortes attentes [du producteur au consommateur],  confrontées à la réalité politique et économique :

Ces chantiers de travail ont eu le mérite de réunir l’ensemble de l’écosystème agroalimentaire français autour de la table et les premières orientations évoquées paraissent pleine de promesses. Cependant, est-il réaliste de penser pouvoir mettre un terme à une crise structurelle vieille de plusieurs dizaines d’années en quelques semaines? La réponse est bien évidemment à nuancer, mais l’initiative du Gouvernement est déjà remise en question par nombre de parties prenantes, dont certaines se sont écartées du projet.

La signature de la charte « de bonnes pratiques », le 14 novembre, intervient en effet un peu tard pour les négociations annuelles 2018, selon Christiane Lambert, Présidente de la FNSEA, qui déplore le décalage d’un an de son impact sur les organisations*. Cependant, étant basée sur le volontariat et non contraignante, cet outil aura-t-il l’effet d’entrainement espéré?

D’autre part, la « ferme France » est positionnée dans un contexte européen et international, sans lequel elle ne peut compter. Les exportations du secteur agroalimentaire français représentaient près de 60 Milliards € en 2016. Définir des règles essentiellement adaptées au contexte français, ne peut donc être la seule solution pour restructurer les filières agroalimentaires locales.

Enfin, l’État souhaiterait limiter l’inflation, il pourrait donc s’attacher à ralentir l’application de certaines mesures jugées trop impactantes pour le pays et les consommateurs.

En attendant la présentation de la feuille de route stratégique du secteur et les premières orientations du texte de loi, le vrai succès de cette initiative réside dans sa capacité a avoir mobilisé l’ensemble des acteurs interdépendants d’une filière et créé les conditions du dialogue.

* Témoignage recueilli à l’occasion de la Soirée de décryptage des EGA organisée par le journal Les Echos le 07.11.17.